7 mars 1965 : Le “Samedi sanglant” à Selma (Alabama)

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Pendant longtemps, le Mouvement pour les Droits Civiques aux Etats-Unis était perçu comme pacifiste, non-violent et surtout non subversif voire inopérant. Aujourd’hui, une relecture historique permet de contre-balancer ces affirmations partiellement erronées. La stratégie de la non-violence était certes au coeur de ses actions, mais la volonté de désobéissance civile à l’encontre d’un système jugé raciste et discriminatoire était bel et bien prégnante. 

Depuis le début des années 1960, le Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) – une organisation estudiantine – menait des campagnes d’enregistrement d’électeurs noirs dans le Sud des Etats-Unis. Malgré l’adoption du Civil Rights Act, en 1964 qui accordait le droit de vote aux africain.e.s-américain.e.s, de nombreuses localités sudistes les empêchaient d’exercer leurs droits civiques.

Le SNCC tenta de mettre en place une campagne d’enregistrement d’électeurs noirs dans la ville de Selma (Alabama) mais dut faire face à la résistance des autorités de la ville. Face à cette situation, la Southern Christian Leadership Conference (SCLC) – alors dirigée par Martin Luther King Jr. – décida de faire de Selma le symbole de l’intransigeance du mouvement pour les Droits Civiques dans l’application du Civil Rights Act.

Ainsi, des manifestations furent organisées dans la ville durant les mois de janvier et de février 1965. Ces manifestations ne furent pas exemptes de violences et le 17 février 1965 un étudiant prénommé Jimmy Lee Jackson fut tué par un policier.

Edition du journal français Le Figaro du 9 mars 1965 qui évoque la répression policière du “Bloody Sunday”; preuve du retentissement international de cette affaire.

En réponse à ce meurtre, les militants noirs décidèrent d’organiser une grande marche devant rallier Selma à Montgomery – capitale de l’Alabama – prévue pour le 7 mars suivant. Le jour-J, plus de 600 manifestants se rassemblèrent à Selma. Alors que le cortège s’apprêtait à prendre la route vers Montgomery, il se retrouva bloqué par des policiers locaux et d’Etat qui ordonnèrent aux manifestants de rebrousser chemin. Les manifestants refusèrent de s’exécuter et les policiers firent usage de gaz lacrymogène avant de fondre sur la foule avec des matraques.

Ces violences policières firent plus d’une cinquantaine de blessés. L’important dispositif médiatique présent à Selma permit aux images des violences policières de faire le tour du monde. Malgré les pressions politique lui enjoignant de faire cesser les manifestations, Martin Luther King Jr. lança un appel pour l’organisation d’une seconde marche le 9 mars suivant mais celle-ci tourna court en raison d’un blocage policier.

Il fallut attendre le 21 mars 1965 pour que la marche de Selma à Montgomery puisse se dérouler sous protection fédérale.

Les différentes marches de Selma marquèrent un tournant dans le Mouvement pour les Droits Civiques et ce à plus d’un titre. En effet, elles montrèrent la détermination des militants qui se concrétisa par l’adoption du Voting Rights Act en août 1965.

Elles cristallisèrent de plus les tensions latentes entre les militants du SCLC et les jeunes militants du SNCC, dont son dirigeant Stokely Carmichael, qui étaient en faveur d’actions radicales soutenant que la politique de la non-violence avait finalement atteint ses limites.

Pour en savoir plus: 

  • David J. Garrow, Protest at Selma: Martin Luther King, Jr., and the Voting Rights Act of 1965, New York, Open Road Media, 2015.
  • Lucia Raatma, Selma’s Bloody Sunday, Minneapolis, Compass Point Books, 2008.

Narcy

Historienne de formation et passionnée d'histoire africaine et africaine-américaine, Narcy a travaillé sur le nationalisme noir aux États-Unis. Elle enseigne actuellement l'histoire-géographie dans le secondaire.

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