4 février 1794: Première abolition de l’esclavage en France

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L’Histoire de l’esclavage en France est éminemment complexe. Très longtemps soumise à des considérations manichéennes, elle fait de plus en plus l’objet d’une relecture approfondie depuis quelques années. Afin de continuer cette analyse de fond, les Docs Afros reviennent sur le contexte historique de la première abolition de l’esclavage en France qui eut lieu en 1794, alors même que le pays traversait une période de Révolution.

Cette première abolition fut précédée d’un certain nombre d’événements significatifs. Parmi ceux-ci, le soulèvement des esclaves de Saint-Domingue en 1791 alors que cette dernière était la colonie française la plus prospère, reste l’un des plus spectaculaires. Cette révolution fut menée par des figures aujourd’hui entrées dans l’Histoire – comme Toussaint Louverture – qui proclamèrent l’abolition de l’esclavage dans la colonie le 29 août 1793. Toutefois, les communications avec la métropole étaient suspendues par les incessants conflits l’opposant aux autres puissances européennes et aux contre-révolutionnaires. Elle ne reçut donc la nouvelle qu’en octobre de la même année.

L’année suivante, soit le 4 février 1794, un décret abolit l’esclavage dans toutes les colonies françaises, conférant ainsi aux anciens esclaves la qualité de “citoyen français”. Le décret fut rédigé par le député d’Eure-et-Loir Jean-François Lacroix, et son application fut confiée au comité de salut public (un organisme chargé de défendre les intérêts de la Révolution).

Dans les faits, cette abolition eut relativement peu de conséquences immédiates. A Saint-Domingue, 10 000 colons blancs quittèrent l’île pour les Caraïbes anglophones ou la Louisiane (Etats-Unis). En Guadeloupe, l’abolition fut suivie d’une politique destinée à maintenir les anciens esclaves dans les plantations. Le décret du 4 février 1794 ne fut tout simplement pas appliqué en Martinique et à la Réunion. En effet, la Martinique était alors sous domination britannique et les colons de la Réunion, qui reçurent la nouvelle du décret en 1796, refusèrent catégoriquement de l’appliquer.

La loi du 20 mai 1802 portée par Napoléon-Bonaparte mit fin aux avancées du décret du 4 février 1794, notamment en Martinique, à Tobago et à Sainte-Lucie qui venaient d’être restituées à la France. Ces mesures furent également suivies d’ un rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe et en Guyane.

Pour aller plus loin:

  • Frédérick Régent, La France et ses esclaves, éd. Grasset, 2007

Pierre Désiré

Historien et réalisateur, Pierre est spécialiste d'Histoire africaine-américaine et de l'image animée. Il est également Docteur de l'Université Paris III et enseigne le cinéma postcolonial.

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