29 novembre 1781: Massacre de 142 esclaves africains à bord du navire “Zong”

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Parmi les nombreuses pages méconnues de l’Histoire de l’esclavage, celle du massacre du Zong est l’une des plus significatives. Les Docs Afros reviennent sur ce tragique événement.

442 esclaves africains originaires de la côte occidentale de l’Afrique et du Ghana sont embarqués en direction de la Jamaïque le 19 novembre 1781 à bord du vaisseau négrier anglais “le Zong”. Le capitaine Luke Collingwood, en charge du navire, commet une erreur de calcul et atteint Saint-Domingue au lieu de la Jamaïque.

Manquant de réserves d’eau potable et devant faire face à des esclaves malades et souffrant de malnutrition, Collingwood réunit alors l’équipage du Zong et décide de jeter par dessus bord la totalité des esclaves malades, qu’il juge “invendables” et “dangereux pour le reste de l’équipage”. C’est ainsi qu’entre le 29 novembre et le 1er décembre 1781, 142 esclaves parmi les 380 rescapés sont jetés à l’eau (les sources divergent quant au nombre exact).

Toutefois, une autre explication de ce massacre réside dans le fait du statut même de l’esclave. Ce dernier étant considéré comme un “bien meuble”, une assurance financière est contractée sur son existence par les propriétaires de vaisseaux négriers (Collingwood n’était pas propriétaire du Zong).

Selon les clauses de cette assurance, “les morts naturelles des esclaves sont reconnues et soumises à remboursement intégral. Sont exclues les morts par maladie et causes non-naturelles […] En cas d’insurrection suivie de mort de l’esclave, l’assureur se doit de répondre intégralement à la demande du contractant”.

L’hypothèse défendue par de nombreux historiens est la suivante: le capitaine Collingwood aurait délibérément choisi de jeter à la mer des esclaves malades afin de prétexter une insurrection à bord du Zong, et d’en tirer ainsi un profit maximal.

Par la suite, le cas du massacre du Zong fut porté devant les tribunaux en 1783. Il fut établi durant le procès que le capitaine Collingwood – décédé peu de temps auparavant – avait trompé la compagnie d’assurance.

Le massacre du Zong a d’ailleurs servi de pierre angulaire à l’argumentaire des abolitionnistes anglais de cette fin de XVIIIème siècle. L’événement a également été retranscrit – dans une version romancée – à travers le film “Belle” (2013).

Pour aller plus loin:

  • James Walvin, The Zong: A Massacre, The Law and The End of Slavery, Yale University Press, 2011

Pierre Désiré

Historien et réalisateur, Pierre est spécialiste d'Histoire africaine-américaine et de l'image animée. Il est également Docteur de l'Université Paris III et enseigne le cinéma postcolonial.

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