23 février 1868: Naissance du sociologue et militant W. E. B Du Bois

0
Partager Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedIn

Il est aujourd’hui encore l’un des penseurs afro-descendants les plus cités, repris et étudiés par un nombre incalculable de chercheurs et / ou de passionné.e.s. Son apport à la vie intellectuelle américaine du XXème siècle est indéniable et nombreux sont ceux et celles qui se revendiquent de ses idées et de son engagement militant.

William Edward Burghardt Du Bois naît le 23 février 1868 dans le Massachusetts. Sa famille fait partie de la très faible minorité noire de la ville de Great Barrington où ils résidaient. L’arrière grand-père maternel de William, Tom Burghardt était un esclave né en Afrique de l’Ouest aux environs de 1730.

La population de la ville – en majorité euro-américaine – est généralement bienveillante envers la famille de William Burghardt Du Bois, cependant, lorsque ce dernier entre à l’école publique, il fait sa première expérience du racisme qui lui inspirera par la suite quelques uns de ses écrits d’adulte.

Ses professeurs ayant remarqué des facilités intellectuelles dès son jeune âge, l’enjoignent à continuer ses études et à intégrer l’Université. Lorsque William se décide à s’inscrire à l’Université de Fiske -un établissement historiquement noir situé à Nashville – les voisins et membres de l’Église que William fréquentait depuis son enfance, la “First Congregational Church of Great Barrington”, se cotisent afin de l’aider à payer ses frais d’inscription.

William Du Bois, jeune étudiant (collections de la New York Public Library)

Cette première expérience de fréquentation de l’état du Tennessee lui permet de se confronter au racisme ambiant du Sud des États-Unis et aux lois ségrégationnistes. Après l’obtention de sa Licence à l’université de Fiske, William Du Bois s’inscrit à Harvard qui lui refuse l’accès en Master au motif d’une non-équivalence entre les standards universitaires demandés par les deux établissements. Ainsi, William finance sa deuxième Lience grâce à des petits emplois, un héritage, des bourses diverses et donations de ses amis.

En 1890, il obtient son diplôme en Histoire, avec mention “Très bien”. Après un détour par l’Allemagne ou il prend contact avec les philosophes allemands les plus appréciés de l’époque, William revient à Harvard afin d’y poursuivre ses études jusqu’en 1895, date à laquelle il devient le premier Noir à obtenir un Doctorat de l’Université d’Harvard.

Deux ans plus tard, les premiers travaux de Du Bois sont remarqués pour leur contenu alors inédit: leur auteur propose – à l’inverse de la tendance africaine-américaine intégrationniste alors prégnate – que la population noire des États-Unis prenne son autonomie vis-à-vis des instances blanches du pays; arguant en cela que le peuple afro-américain se devait de considérer son héritage africain.

W.E.B Dubois, sa femme Nina et leur fils Burghardt (vers 1898-1899)
W.E.B Du Bois, sa femme Nina et leur fils Burghardt (vers 1898-1899)

Dès les premières années du XXème siècle, W.E.B Du Bois apparaît comme l’une des deux figures incontournables du leadership africain-américain, la seconde étant Booker T. Washington. Les deux hommes s’opposent farouchement l’un à l’autre quant à la question du “compromis”. En effet, Washington le juge nécessaire tandis que Du Bois prône une séparation complète et un développement intellectuel propres à la population afro-américaine.

C’est en 1903 que Du Bois publie l’ouvrage qui le rendra célèbre à travers le monde, Les Âmes du peuple noir, dans lequel il clame dès l’introduction que “le problème majeur du XXème siècle sera celui de la ligne de partage des couleurs”. Outre sa formation d’enseignant et d’écrivain, William Du Bois était également très engagé et tant qu’activiste et partisan de l’obtention des droits civiques pour les afro-américains.

A cet égard, il créé le “Niagara Movement” (qui deviendra la NAACP en 1910) en 1906, qui s’opposait ouvertement à la politique d’accommodation véhiculée par les intégrationnistes. La NAACP se dote par la suite d’un journal officiel – The Crisis – fondé également par Du Bois, et qui est toujours publié à l’heure actuelle.

Durant la Première Guerre mondiale, Du Bois et ses collègues de la NAACP mettent en place des camps d’entraînement afin que les soldats noirs américains puissent se former convenablement et postuler aux grades d’officiers supérieurs. Par la suite, Du Bois voyage à travers l’Europe et assiste aux conférences panafricaines qui s’y déroulent (voir notre article ici).

C’est à cette époque que se développe une rivalité entre Marcus Garvey et Du Bois, qui malgré un profond respect mutuel, possèdent des points de vue différents quant à la politique du “retour en Afrique” défendue par Garvey.

William DuBois à Paris, lors du Congrès Mondial des Partisans de la Paix (22 avril 1949)
William Du Bois à Paris, lors du Congrès Mondial des Partisans de la Paix (22 avril 1949)

William Du Bois continue son double combat contre les discriminations ainsi que celui consistant à mettre en lumière la beauté des cultures africaines. Il voyage dans le monde entier afin de sensibiliser les consciences à sa vision particulière du panafricanisme, et finit sa vie en Afrique (Ghana) ou il décède à l’âge de 95 ans le 27 août 1963.

Pour aller plus loin:

  • W.E.B. Du Bois, The Autobiography of W.E.B. Du Bois. éd. International Publisher, 1968
  • W.E.B. Du Bois, Les Âmes du peuple noir, éd. La Découverte, 2007

Pierre Désiré

Historien et réalisateur, Pierre est spécialiste d'Histoire africaine-américaine et de l'image animée. Il est également Docteur de l'Université Paris III et enseigne le cinéma postcolonial.

Laisser un commentaire

Powered by themekiller.com anime4online.com animextoon.com apk4phone.com tengag.com moviekillers.com