20 avril 2014: Décès du boxeur Rubin “Hurricane” Carter

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Si il existe un univers sportif au sein duquel les Africains-Américains ont eu maille à partir avec le racisme à la fois sur et en dehors de celui-ci, c’est bel et bien celui de la boxe. Depuis les exploits de Jack Johnson jusqu’à l’engagement politique de Muhammad Ali, les boxeurs noirs ont régulièrement affronté physiquement et symboliquement les affres de la ségrégation et / ou du racisme institutionnel aux Etats-Unis. Rubin “Hurricane” Carter est l’un d’entre eux.

Né le 6 mai 1937 dans le New Jersey, Rubin Carter fut surnommé “Hurricane” soit “Ouragan”, durant sa carrière de boxeur professionnel en raison de sa puissance de frappe et de son style très vif et percutant.

Alors que sa carrière est à son apogée, les Etats-Unis sont traversés par une vague de protestations dont les participants, théoriciens et sympathisants se détournaient peu à peu de la stratégie de militantisme non-violent et à teneur religieuse notamment diffusée par le Southern Christian Leadership Conference (SCLC) de Martin Luther King à partir de 1957.

Le 17 juin 1966, trois hommes blancs sont assassinés dans un bar de la ville de Paterson (New Jersey). Tenus responsables et arrêtés pour meurtre, Rubin Carter et son jeune ami alors âgé de 20 ans John Artis sont immédiatement placés en détention et considérés comme coupables lors d’un procès mené par un jury intégralement blanc. Eu égard aux émeutes raciales survenues durant l’été 1965 dans les grands centres urbains du pays, les institutions législatives de la ville de Paterson agissent en conséquence et appliquent une politique hautement répressive. La condamnation du symbole de réussite engagé – il s’opposait régulièrement et publiquement au système judiciaire – qu’était Rubin Hurricane Carter devait servir d’exemple.

En moins d’une heure, Rubin Carter est passé du statut de quatrième boxeur professionnel poids-moyen des Etats-Unis a celui d’assassin responsable d’un triple homicide.

Rubin Carter devient, à partir des années 1970, un symbole pour tous les détenus noirs américains victimes d’erreurs judiciaires et plus généralement de la question de l’incarcération de masse aux Etats-Unis qui touche majoritairement de jeunes hommes noirs et latinos. Les nombreuses blessures physiques et traumatismes psychologiques dont furent victimes les deux détenus pendant leur peine de prison constituèrent l’un des enjeux principaux d’un débat à la portée internationale.

Finalement innocenté puis libéré en 1985, soit près de 20 ans après son inculpation, au motif d’un précédent jugement partial et orienté, Rubin Carter emménage ensuite à Toronto où il éteint des suites d’une longue maladie en 2014. Il laisse à ses fans deux ouvrages L’oeil du cyclone: Mon parcours des ténèbres à a liberté et Le seizième round: du boxeur numéro un au matricule 45472.

Denzel Washington aux côtés de Rubin Carter pour la première du film “Hurricane Carter” le 10 janvier 1999.

L’histoire de Rubin Carter a été également portée à l’écran par le réalisateur Norman Jewison en 1999 et fut incarné par Denzel Washington, ce qui permit au grand public de prendre connaissance de son histoire et du racisme pénitencier. 

Pour en savoir plus:

  • Paul B. Wice, Rubin “Hurricane” Carter and the American Justice System, Rutgers University Press, 2000.

Pierre Désiré

Historien et réalisateur, Pierre est spécialiste d'Histoire africaine-américaine et de l'image animée. Il est également Docteur de l'Université Paris III et enseigne le cinéma postcolonial.

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