19 avril 1837: Fondation de l’Université noire de Cheyney (Pennsylvanie)

0
Partager Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Share on LinkedIn

L’une des erreurs les plus communément admises en ce qui concerne la période de l’esclavage aux Etats-Unis consiste à penser que les esclaves n’auraient que peu lutté pour leur émancipation. Au contraire, nombreux sont les exemples de soulèvements, de révoltes et d’actes de refus de coercition qui émaillent l’histoire du pays et contredisent cette affirmation. Plus inconnu encore est le statut et la lutte des anciens esclaves et / ou des “libres de couleur”, qui, en dépit de leur liberté, ne pouvaient accéder à une pleine citoyenneté américaine ou a un enseignement de qualité. 

Afin de déconstruire cette idée reçue, nous allons revenir à travers cet article sur l’histoire de pionniers de la connaissance universitaire afro-américaine, alors que l’esclavage ne sera aboli que 28 ans plus tard et qu’un nombre considérable d’Africains-Américains libres ne pouvaient trouver du travail ou avoir accès à une formation scolaire de qualité.

Originellement mis en place sous le nom de “l’African Institute” en février 1837, la plus ancienne université africaine américaine est fondée en avril de la même année sous le nom de “Institute for Colored Youth”.

Etudiants et étudiantes de l’Université Cheyney (début du XXe siècle)

L’établissement – qui se revendique aujourd’hui de l’appellation de “la plus ancienne institution noire américaine d’enseignement supérieur” – a été fondé à l’initiative de Richard Humphreys, ancien esclave né sur une plantation de Tortola, une île des Antilles anglophones. En effet, lorsqu’il débarque à Philadelphie en 1764, Richard Humphreys constate avec amertume les difficultés économiques rencontrées par les Africains-Americains et la difficile compétition à laquelle ils doivent faire face sur le marché du travail, notamment renforcée par l’afflux de migrants européens. 

Dès lors, il se donne pour mission de créer une institution chargée “d’instruire les descendants d’Africains à l’enseignement, à la mécanique, au commerce et à l’agriculture afin de les préparer à agir en tant qu’enseignants”.

Il investit ainsi une somme de 10 000 dollars – soit 1/10e de sa fortune personnelle – afin d’acquérir un terrain de 55 hectares ainsi qu’une ferme qui accueille rapidement ses premiers étudiants. Nous pouvons par ailleurs noter que l’établissement n’est pas en reste en ce qui concerne la parité – eu égard au contexte général de cette époque – puisque c’est en 1852 que la direction recrute Grace A. Mapps, la première femme professeur de l’Université de Cheyney. 

Cours de physique-chimie à l’Université (1905)

Jusqu’à l’orée de la Première Guerre mondiale (1914), l’Université de Cheyney dispensait un enseignement tout spécialement dédié à la formation des professeur.e.s noir.e.s. Par la suite, l’établissement ouvrira progressivement ses portes à tous et toutes, indépendamment de leur appartenance ethnique.

Aujourd’hui, l’institution existe encore et offre des formations et diplômes dans une trentaine de disciplines différentes. L’université est également reconnue pour la qualité sportive de son équipe de basketball.

Pour en savoir plus:

  • Charline Howars Conyers, A Living Legend: The History of Cheyney University, 1837-1951, Cheyney University Press, 1990.
  • F. Erik Brooks,Glenn L. Starks, Historically Black Colleges and Universities, Santa Barbara, Greenwood Press, 2011.

Pierre Désiré

Historien et réalisateur, Pierre est spécialiste d'Histoire africaine-américaine et de l'image animée. Il est également Docteur de l'Université Paris III et enseigne le cinéma postcolonial.

Laisser un commentaire

Powered by themekiller.com anime4online.com animextoon.com apk4phone.com tengag.com moviekillers.com