13 avril 1873: Émeutes et massacre de Colfax (Louisiane)

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La période suivant directement l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis (1865) est appelée la “Reconstruction” (1865-1877). Bien loin d’entériner la promesse d’une nouvelle ère marquée par la tolérance entre Noirs et Blancs dans les États du Sud, la Reconstruction vit un ensemble d’événements violents et déterminants pour la future histoire du pays se dérouler.

Parmi ces événements marquants, nous pouvons mentionner la fondation du Ku Klux Klan (1865-1867), adoption des “Black Codes” qui restreignent l’accès à l’emploi des Noirs dans le Sud par le Président Andrew Johnson (1865-1866) et une répression violente de la part d’organisations suprémacistes blanches désireuses de rétablir la hiérarchie esclavagiste.

Afin de mieux comprendre cette période troublée et méconnue de l’histoire américaine, nous revenons aujourd’hui sur le massacre survenu dans la ville de Colfax – chef-lieu de la paroisse du même nom – et faisant suite à des affrontements entre une milice paramilitaire blanche et un groupe d’individus majoritairement noirs de l’État de Louisiane.

En 1872, les élections gouvernementales de Louisiane sont remportées par le Parti Républicain alors favorable aux 4 millions de Noirs et à leur émancipation. Les résultats des élections est alors largement contesté par le Parti Démocrate qui organise des milices blanches destinées à défier la milice d’État, majoritairement composée d’hommes noirs et sous le contrôle du gouverneur de Louisiane.

Ce fut le cas dans la paroisse de Colfax – nom donné aux comtés en Louisiane – où, le 28 mars 1873, le Parti Démocrate local appela à l’organisation d’un groupe armée pour prendre d’assaut le palais de justice de la paroisse, le 1er avril suivant.

Les Républicains et leur supporters noirs s’organisèrent également et des échauffourées éclatèrent le 2 avril 1873. Le 13 avril 1873, près de 300 hommes blancs armés – parmi lesquels des membres de groupuscules racistes et suprémacistes reconnus comme la White League – prirent d’assaut le palais de justice de la paroisse de Colfax défendue par une soixantaine d’hommes noirs. Surpassés en nombre, les miliciens noirs prirent la fuite et une partie d’entre eux déposa les armes.

C’est à ce moment précis que James Hadnot, l’un des leaders de la milice blanche, fut la cible d’un coup de feu – mortel – provenant de son propre camp au milieu de la confusion générale. Choqués et réclamant vengeance, les membres de la milice blanche exécutèrent les prisonniers noirs et, durant la nuit, étendirent leurs exactions à l’ensemble de la communauté noire de la paroisse de Colfax.

Près de 150 Africains-Américains furent tués durant l’opération ainsi que trois hommes blancs.

Le lendemain, la milice de l’État arriva sur les lieux afin de rétablir l’ordre. 97 miliciens blancs furent arrêtés et inculpés pour violation de l’US Enforcement Act de 1870 (une loi destinée à protéger les droits civiques des Noirs, notamment dans le Sud du pays). Plusieurs d’entre eux furent emprisonnés puis relâchés sans faire l’objet de poursuites judiciaires en 1875.

Pour aller plus loin:

  • Charles Lane, The Day Freedom Died: the Colfax massacre, the Supreme Court, and the betrayal of Reconstruction, New York, H. Holt, 2008.
  • LeAnna Keith, The Colfax Massacre: the Untold Story of Black Power, White Massacre, and the Death of Reconstruction, Oxford University Press, 2009.

Narcy

Historienne de formation et passionnée d'histoire africaine et africaine-américaine, Narcy a travaillé sur le nationalisme noir aux États-Unis. Elle enseigne actuellement l'histoire-géographie dans le secondaire.

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