L’édito – A change is gonna come… in 2017 ?

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Pour la nouvelle année, la revue des Docs Afros fait peau neuve et vous offre désormais un contenu plus diversifié mais toujours exigeant et de qualité. Vous pourrez ainsi retrouver aux côtés des éphémérides historiques, des articles de fond, des reviews d’ouvrages, de films et de documentaires. La revue s’enrichit également d’interviews de personnalités – connues ou non – qui oeuvrent afin de valoriser l’Histoire et / ou les cultures du monde afro au quotidien.

Chaque semaine, un éditorial décryptera l’actualité et fera un lien avec l’Histoire africaine et afro-descendante. En effet, nous estimons aux Docs Afros qu’il est de notre responsabilité d’historien.ne.s de maintenir le lien entre le présent et le passé, et de démêler le vrai du faux.

De gauche à droite: Ava Duvernay, Ezra Edelman, Raoul Peck.

L’année 2017 s’annonce palpitante pour les documentaires produits par des réalisateurs / réalisatrices africain.e.s et afro-descendant.e.s. L’annonce récente des nominations aux Oscars dans la catégories “Films documentaires” s’enorgueillit par exemple de la présence de trois oeuvres très différentes dans leur forme et leur contenu. Qu’il s’agisse du 13ème (Ava Duvernay), d’O.J.: Made In America (Ezra Edelman), ou d’I Am Not Your Negro (Raoul Peck), tous offrent un regard neuf et richement documenté sur leur sujet.

Du côté français, le documentaire Ouvrir la voix réalisé par Amandine Gay a su convaincre le grand public par sa retranscription nuancée et habile de l’expérience des femmes noires de France. Outre le fait d’être promis à un beau succès, le film permet d’ouvrir de débat sur des problématiques restées longtemps en sommeil. Place des femmes noires dans la société occidentale actuelle, pérennité des revendications de l’afro-féminisme, témoignages de la condition particulière de ces mêmes femmes confrontées à la fois au racisme et au sexisme sont désormais visibles par tout un chacun.

En d’autres termes, il existe aujourd’hui un engouement palpable des cinéastes et du public afros pour le format documentaire, ce dont nous nous réjouissons particulièrement aux Docs Afros. En ce sens, ces mêmes cinéastes rejoignent une longue tradition d’artistes qui ont utilisé le support du documentaire pour s’exprimer.

L’un des exemples les plus notables, la L.A. Rebellion, provient notamment de la côté Ouest des Etats-Unis. Dans les années 1960, sous l’influence des mouvements de décolonisation et d’indépendances, des étudiants et étudiantes noir.e.s de l’Université de UCLA ont amorcé un mouvement de ré-appropriation du film de fiction et du documentaire. Ils et elles en ont fait un outil d’expression intellectuel qui défiait les canons formels et idéologiques alors en vigueur.

Le film ‘As Above So Below’ (1973) de Larry Clark aborde le thème des insurrections noires vécues de l’intérieur.

Ainsi, devant les raccourcis et approximations qui semblent être aujourd’hui de mise lorsque les questions de diversité, d’Histoire, de cultures noires sont évoquées par les médias généralistes, il est encourageant que des hommes et femmes résistent à ces biais idéologiques. Ces derniers sont dévastateurs par la simplification et la banalisation du savoir qu’ils exercent.

Enfin et comme le disait le poète et intellectuel martiniquais Edouard Glissant, répondant à un journaliste qui lui reprochait la complexité de son écriture: “Ce n’est pas ce que j’écris qui est compliqué, c’est notre monde qui l’est. Mes écrits ne font que retranscrire la complexité de ce monde fait de nuances”. Il en va de même pour les documentaires.

Pierre Désiré

Historien et réalisateur, Pierre est spécialiste d'Histoire africaine-américaine et de l'image animée. Il est également Docteur de l'Université Paris III et enseigne le cinéma postcolonial.

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